Historique

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L’IEA de Paris est né de l’initiative prise en 2007 par la Fondation Maison des sciences de l'homme (FMSH), l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et l’École normale supérieure (ENS) de créer un Institut d’études avancées en vue d’accueillir à Paris des chercheurs de haut niveau dans le domaine des sciences de l’homme. Ce projet a bénéficié dès son lancement de la création du Réseau français des instituts d'études avancées en sciences humaines et sociales (RFIEA) par le ministère de la Recherche, un des treize réseaux thématiques de recherche avancée (RTRA) approuvés par l'État en 2006.  Ce réseau est constitué des Instituts d'études avancées de Lyon, de Marseille et de Nantes.

 

Sous l’impulsion d’Yves Duroux, l’IEA de Paris a accueilli ses premiers résidents en mars 2008. Puis, de 2008 à 2010, l’Institut fut dirigé par un comité de pilotage scientifique composé de Jean-Luc Racine (FMSH), Michael Werner (EHESS) et Frédéric Worms (ENS) et assisté de Jean-Luc Lory en qualité de secrétaire général. Cinquante-deux chercheurs de toutes origines géographiques se sont investis dans la recherche pluridisciplinaire, tandis que d'autres ont participé aux activités scientifiques de l'Institut : colloques, séminaires, réunions. Vingt et un nouveaux résidents sont invités à l'IEA de Paris pour l'année universitaire 2011- 2012 et vingt-cinq résidents sont attendus en 2012-2013.

 

L’histoire de l’IEA ne saurait cependant se limiter à ces précédents institutionnels. L’IEA est le prolongement d’une initiative plus ancienne lancée par Fernand Braudel et Clemens Heller, administrateurs successifs de la Fondation MSH, à un moment où un certain isolement de la recherche en sciences humaines était patent. Dès la création de la Maison des sciences de l’homme en 1962, l’action internationale a été l’un des axes d’une aventure intellectuelle qui entendait ouvrir les sciences de l’homme en France aux divers courants de la recherche dans le monde. Dans ce contexte les programmes internationaux de la FMSH ont contribué à inviter à Paris pour des périodes plus ou moins longues des chercheurs de tous les continents, en particulier d’Europe de l'Est, d’Amérique du Nord et du Sud et bientôt d’Inde, de Chine et d’Afrique. Cette politique soutenue par l’EHESS, le CNRS et les universités parisiennes a rencontré un plein succès.

 

Cependant, pour développer ces actions, il fallait un lieu capable d’accueillir les chercheurs dans des conditions confortables. Fernand Braudel lança alors,  avec l’appui de Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Recherche, la restauration de la Maison Suger en 1985. L’ancien hôtel de Moissy, désormais « Maison Suger », situé au cœur de Paris, devint la résidence des chercheurs en sciences humaines accueillis par la FMSH, l’EHESS, et les diverses institutions parisiennes. Le bâtiment lui-même a fait l’objet d’une restauration audacieuse due au talent de l’architecte et urbaniste Antoine Grumbach. Le succès immédiat de la Maison Suger conduisit les administrateurs successifs de la FMSH, Maurice Aymard et Alain d’Iribarne, à imaginer la fondation d’un Institut d’études avancées. Il s’agissait de prolonger l’action internationale de la FMSH et des divers établissements d’enseignement supérieur parisiens en disposant d’une structure capable d’assurer le séjour à Paris pour des périodes de plusieurs mois de chercheurs de toutes provenances dans le domaine des sciences humaines et sociales. Cette initiative, soutenue par l’EHESS et l’ENS, déboucha en 2007.

 

Le concept même d’Institut d’études avancées a été inventé par le célèbre réformateur du système médical et universitaire des États-Unis, Abraham Flexner (1866-1959). Sollicité en 1930 par le philanthrope de Newark Louis Bamberger (1855-1944) qui voulait créer une fondation d’intérêt public, Flexner proposa d’établir un institut dédié à la science pure et destiné à accueillir des chercheurs de toutes disciplines affranchis pour un temps de leurs devoirs universitaires. L’Institut de Princeton joua un rôle déterminant dans l’accueil aux États-Unis de savants qui fuyaient l’Allemagne nazie parmi lesquels Albert Einstein, Kurt Gödel, John von Neumann et Erwin Panofsky. L’Institut de Princeton est devenu au fil du temps un modèle universel qui a inspiré la création en France de l’Institut des hautes études scientifiques de Bures-sur-Yvette (fondé en 1958 par Léon Motchane) et de nombreuses institutions du même genre dans la plupart des pays européens et aux États-Unis. De structure et de taille très différentes les unes des autres, publiques ou privées, dotées d’un corps permanent de chercheurs ou non, toutes ces institutions ont en commun d’inviter des chercheurs confirmés en provenance de toutes les institutions académiques dans le monde pour leur permettre de poursuivre leurs recherches, libérés de toute tâche d’enseignement et d’administration, dans une atmosphère conviviale.

 

L’institut actuel, restructuré en janvier 2011, est devenu un outil d’action internationale  au service de l’ensemble des institutions parisiennes. Soutenu par la FMSH, le RFIEA et la plupart des universités de la région parisienne, il reçoit à partir de septembre 2011 des chercheurs qui viennent, pour la plus grande part, passer une année universitaire à Paris. En étroite collaboration avec la Ville de Paris qui a décidé de soutenir le projet, et avec l’aide de la Région Île-de-France,  l’IEA de Paris prépare une nouvelle mutation et son transfert dans les locaux de l’hôtel de Lauzun, un prestigieux bâtiment du XVIIe siècle situé dans l’île Saint-Louis, qui sera rénové par la Ville de Paris.

 

 

Alain Schnapp

Directeur de l'IEA de Paris

Professeur à l'université de Paris 1